
Introduction à Mayer
Lentement mais sûrement le monde digital imprègne le monde de la formation. Sa victoire sur notre quotidien est évidente. L’information est incontournablement numérique, ça stream, ça tik tok, ca facebook ou youtube, quand ça ne tweet pas ou ne what’s app pas. Les messages sont partout, les proses des twitcher et autres nouvelles effigies des écrans babillent en permanence à l’oreille des nouvelle générations. Dans ce joyeux chaos informationnelle ou désinformationnelle, l’univers de la formation se cherche encore. Car ici le message est très important tant dans sa qualité que dans sa forme : l’objectif n’est pas de prendre du temps de cerveau inutile, mais bien au contraire de remplir ce cerveau tout en l’exerçant à apprendre et réfléchir par lui même. Enfin c’est l’objectif idéal.
Et donc dans le cadre de productions dites « numériques », si l’on créé une vidéo de formation, un diaporama ou un modules de formation e-Learning, comment s’ assurer que le produit final sera une ressource d’apprentissage efficace ? Par efficace entendez : on ne se fait pas plaisir, mais on cherche bel et bien à faciliter la compréhension du plus grand nombre en évitant une réalisation au message confus et inintéressant. Surtout si l’on y passe des dizaines et dizaines d’heures.
C’est là que Richard Mayer entre en lice !
Qui es-tu Richard MAYER ?
Richard E. Mayer (1947) Il est psychologue et professeur aux États-Unis. Il est intéressé par l’apprentissage des enfants, en particulier lors de l’usage d’outils multimédias.
Il a également été classé comme le psychologue le plus productif du monde de 1991 à 2001.
En 2000, il obtient le prix E. L. Thorndike Lifetime Achievement en psychologie de l’éducation et le Prix Scribner pour son importante recherche sur l’apprentissage et l’éducation.
Sa publication est assez pléthorique : plus de 300 publications, dont 30 livres sur l’éducation et le multimédia.
Ses recherches portent sur l’apprentissage dans des environnements technologiques hautement interactifs.
Tout son travail est sous-tendu par la question fondamentale : comment aider les gens à apprendre afin que ce qui est appris puisse être appliquée à des situations nouvelles ?
Richard E. Mayer est actuellement professeur de psychologie à l’Université de Californie, Santa Barbara.
Il a été président de la 15e Division (psychopédagogie) de l’Association américaine de psychologie et vice-président de la Division C (apprentissage et de l’éducation) de l’Association américaine de recherche en psychologie.
Si je ne vous ai pas vendu le Môssieur je ne sais plus quoi écrire !
Les 12 principes à appliquer à sa production selon Mayer.
Pour nous aider à créer les expériences d’apprentissage multimédia les plus efficaces, Richard Mayer a développé une théorie de 10 principes d’apprentissage multimédia. De nos jours, 2 principes se sont ajoutés mais ils sont plus à considérer comme expérimentaux.
Considérez ces principes comme des « lignes directrices » lorsque vous développez vos expériences d’apprentissage numérique.
Qu’entend-on par apprentissage numérique ?
C’est tout simplement l’apprentissage par les mots (écrits ou dictés) et les images (statiques ou dynamiques).
3 idées clés autour de ce concept :
- Le double canal : nous utilisons des canaux séparés pour traiter les informations visuelles et verbales.
- La capacité limitée : gare à la saturation ! Chaque canal ne peut intégrer qu’un nombre limité d’éléments.
- Le processus actif : sélectionner, organiser, intégrer… Pour apprendre rien ne vaut l’activité cognitive.
Liste de contrôle de production
Voici la liste de contrôle pour vous aider lors de votre écriture et/ou conception d’une ressource. C’est souvent du bon sens, mais ça va mieux en le disant ou en s’en rappelant.
| Contrôle | Principe | Explication |
| Cohérence | Supprimer les informations non pertinentes et non essentielles des contenus pédagogiques, en focalisant le discours sur un élément spécifique. | |
| Surlignage | Mettre en relief les informations les plus importantes pour orienter l’attention des apprenants et augmenter le taux de rétention. | |
| Redondance | Présenter les mêmes informations de plusieurs manières (par exemple écrire à l’écran le texte énoncé à l’oral) risque de saturer les canaux, préférez les mots clés. | |
| Contiguïté spatiale | Rapprocher les images et les textes associés favorise leur mémorisation. | |
| Contiguïté temporelle | Faire apparaître les animations simultanément aux narrations plutôt que successivement. | |
| Segmentation des contenus | Fragmenter les contenus pédagogiques en petits segments pour ne pas surcharger la mémoire de travail de l’apprenant. | |
| Pré-entraînement | Présenter des informations préalables au cours permet de s’entraîner et de dédier davantage de capacité cognitive à la séquence d’apprentissage principale. | |
| Modalité | Eviter la saturation des canaux visuels en présentant une image avec un commentaire oral plutôt qu’écrit. | |
| Intégration multimédia | Combiner mots et images favorise le traitement de l’information. | |
| Personnalisation | Adopter un style de langage conversationnel dans les explications en utilisant le « Vous », plutôt qu’un style formel. | |
| La voix | Une voix humaine est à privilégier par rapport à une voix synthétique. | |
| L’image de l’émetteur | Ne pas présenter systématiquement l’émetteur à l’écran pour ne pas surcharger le message. |
Les principes en détail
LA VIDEO A REGARDER SI VOUS NE VOULEZ PAS LIRE LA SUITE :
https://www.youtube.com/watch?v=4JHf9wZOh88&ab_channel=CSEUNIL
LE PDF DE SYNTHESE POUR LES 10 PREMIERS PRINCIPES : http://ressourcespedagogiques.gdgfc.fr/wp-content/uploads/2021/11/principes_inspires_RMayer_2020.pdf
1- principe de cohérence
Il stipule que les êtres humains apprennent mieux lorsqu’il n’y a pas de matériel étranger et distrayant.
En d’autres termes, supprimez les éléments superflus. N’utilisez que les informations dont l’apprenant a besoin. Et le plus souvent, cela signifie un texte simple et des images simples qui se rapportent directement au sujet de l’apprentissage. Supprimez tout le superflu. Pensez FALC (Facile à Lire et à Comprendre).
Le principe de cohérence est à utiliser lors de la planification d’éléments visuels. Pour une image à ajouter, il faut se demander : est-elle nécessaire à 100 % pour faciliter la compréhension (attention à ne pas se faire plaisir uniquement) ? y-a-t-il une meilleure image, plus simple ou plus lisible ?
Le message utilise-t-il un langage suffisamment simple pour que le public le comprenne ou est-il trop long, trop chargé ?
C’est un principe qui doit aider à déterminer ce que l’on peut réduire, simplifier et clarifier.
2-Le surlignage
C’est le principe de signalisation, qui signifie essentiellement que les humains apprennent mieux lorsqu’on leur montre exactement ce à quoi ils doivent prêter attention à l’écran. S’il y a une tonne d’informations sur l’écran, comment l’apprenant est-il censé savoir quelle est la partie la plus importante ?
Il s’agira d’utiliser à bon escient des fonctionnalités telles que la mise en évidence des mots importants et l’utilisation de flèches animées ou non pour pointer les informations significatives.
Une autre façon d’utiliser le principe de signalisation est d’avoir des diapositives, grandes images simples avec un mot-clé ou des scènes qui séparent les sections d’apprentissage. Il s’agit d’un moyen rapide et facile de signaler à l’apprenant que l’on passe au sujet suivant.
3- La redondance
Cela part de l’idée que les humains apprennent mieux avec une narration et des graphiques, par opposition à une narration, des graphiques ET DU TEXTE EN PLUS.
L’idée-force est la suivante : dans une narration complétée par des graphiques, le texte en plus n’est qu’une information redondante. Et cela peut être une surcharge cognitive pour un apprenant.
Ce principe s’applique d’évidence pour les vidéos ou les cours eLearning qui ont par exemple une narration audio. il est préférable d’inclure uniquement des graphiques ou du texte, mais pas les deux ensemble. Ou s’ils sont ensemble, le texte doit être minimal.
4- La contiguïté spatiale
Cela concerne l’espace réel entre le texte et les éléments visuels sur l’écran (ou sur le papier !). Il stipule que les humains apprennent mieux lorsque le texte et les éléments visuels pertinents sont physiquement proches.
Ce principe est intuitivement logique. Les textes et graphiques pertinents doivent être physiquement proches les uns des autres dans le cadre de l’information. Il est ainsi beaucoup plus facile pour les apprenants de traiter l’information, en utilisant moins d’énergie pour déchiffrer le sens.
En résumé : Faire en sorte que votre public sache où chercher l’information.
5- La contiguïté temporelle
Cela stipule que les êtres humains apprennent mieux lorsque des mots et des éléments visuels correspondants sont présentés ensemble, plutôt que dans un ordre consécutif.
Lors de la présentation d’une nouvelle information, l’animation (ou le visuel) doit se produire en même temps que la narration audio. Il est préférable que la voix-off soit diffusée en premier et que le visuel soit diffusé ensuite.
6- La segmentation des contenus
Cela part du postulat que les êtres humains apprennent mieux lorsque les informations sont présentées par segments, plutôt que par un long flux continu. Le fait que les apprenants puissent contrôler le rythme de leur apprentissage, leur permet d’obtenir de meilleurs résultats.
Il faut donc penser à offrir un meilleur contrôle sur la source d’apprentissage : en ajoutant des boutons « suivant » ou en autorisant la régulation de la vitesse de lecture d’une vidéo, ou encore en créant des liens hypertextes permettant la navigation rapide dans un document.
Ce principe suggère également que l’apprentissage soit divisé en petits morceaux de taille réduite. Veillez à ce qu’aucune leçon, diapositive, lecture ou vidéo ne contienne trop d’informations.
7- Le pré-entraînement
Cette idée stipule que les êtres humains apprennent plus efficacement s’ils connaissent déjà certains éléments de base. Cela signifie souvent qu’il faut comprendre les définitions, termes ou concepts de base avant de commencer l’expérience d’apprentissage. L’idée est d’éviter ici encore la surcharge d’information et un blocage cognitif de l’apprenant.
Créer un « guide » d’introduction ou une « antisèche » que les apprenants pourront utiliser tout au long du cours facilitera l’apprentissage.
8- Le principe de modalité
Le principe part du constat que les humains apprennent mieux à partir de visuels et de mots parlés qu’à partir de visuels et de mots imprimés. Cela ne signifie pas que s’il y a des éléments visuels et trop de texte, les apprenants seront dépassés.
Il faut essayer de limiter la quantité de texte utilisée à l’écran en privilégiant des éléments visuels, sauf bien entendu pour les termes clés, l’énumération des étapes ou les instructions.
9- L’intégration multimédia
Etrangement, ce principe est le fondement des autres principes. En cela il aurait pu être le premier. Les mystères de Richard MAYER. Ce principe stipule que les humains apprennent mieux à partir de mots et d’images que de mots seuls.
Il faut donc être attentifs aux images sélectionnées. Ces images doivent renforcer ou clarifier l’information avant tout.
10- La personnalisation
Il a été démontré que les humains apprennent mieux avec une voix plus informelle et conversationnelle qu’avec une voix trop formelle. Une voix plus décontractée améliore en fait l’expérience d’apprentissage.
Un langage simple et décontracté est à privilégier. Eviter les textes à consonance trop professionnelle ou les mots longs et complexes (ce qui n’est pas du tout le principe adopté dans cet article, je sais).
Il peut être également utile d’utiliser la première personne (vous, je, nous, notre), mais tous les apprenants n’y sont pas sensibles.
11- La voix humaine
Ce principe se destine avant tout à un module d’apprentissage avec une narration audio.
Les humains apprennent mieux d’une voix humaine que d’une voix d’ordinateur. Cela dit de nos jours les progrès des voix synthétiques sont notables, si bien que l’on commence à s’y tromper.
La voix synthétique a un avantage sur la voix humaine : il est très facile de corriger et refaire une narration. Avec une voix humaine, tout le cycle de production doit être généralement repris, surtout si le texte a été narré sans des silences de ponctuation.
12- Le principe de l’image
Il y a débat sur ce sujet. A savoir que les humains n’apprennent pas nécessairement mieux d’une vidéo où l’on voit en superposition des informations le formateur/la formatrice. Pourtant cela reste une organisation classique dans les cours en elearning, notamment les MOOC. La recherche sur ce sujet n’en est qu’à ses débuts et il y a encore des clivages.
Notons que la présence visuelle de l’émetteur du message peut apporter une certaine valeur au formateur/formatrice en renforçant sa crédibilité et sa confiance. Il est particulièrement utile de l’établir au début de l’expérience d’apprentissage. On peut dés lors essayer de limiter l’utilisation de l’émetteur au fur et à mesure de l’avancée de la vidéo qui approfondit le contenu de l’apprentissage.
Sources graphiques :
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