Utiliser le conflit socio-cognitif pour apprendre

Selon la définition du Dictionnaire des concepts clés de la pédagogie (ESF), Apprendre c’est « donner à une situation un sens qui permette d’agir pour résoudre, si possible de façon pertinente, le problème posé par ladite situation ».

Notre cerveau est un créateur permanent de structures mentales, qui se matérialisent physiquement par des connexions neuronales. En se connectant entre eux, les neurones permettent le stockage de la nouvelle information et son utilisation future. Ces connexions forment progressivement des réseaux. À mesure que ceux-ci sont utilisés et réutilisés, la myéline se forme, de nouvelles connections s’établissent entre les neurones, les réseaux se densifient.
Créer le plus possible de connexions implique d’entrer en contact activement avec le monde, et cela sollicite l’ensemble de notre corps : nos cinq sens, mais aussi le mouvement, les émotions, les souvenirs… jouent un rôle dans la création de nouvelles connexions.

Nous apprenons à partir de nos représentations mentales initiales. Apprendre, c’est modifier les représentations initiales, construire de nouvelles représentations. Les représentations sont le lien symbolique entre l’environnement extérieur et notre monde mental. Lorsque nous encodons notre expérience du monde, nous construisons des représentations qui jouent un rôle essentiel dans notre compréhension et nos apprentissages ultérieurs.

Dans notre compréhension du monde, une représentation peut fonctionner comme un outil ou comme un obstacle dans le processus d’apprentissage. Si la représentation initiale est erronée, ou insuffisante, l’apprenant devra renoncer à faire fonctionner sa construction initiale, pour reconstruire de nouveaux savoirs. Nous sommes tous attachés à nos croyances, nos façons de faire, en d’autres termes à nos représentations. Pour modifier une représentation initiale, il faut que nous éprouvions, que nous expérimentions, le fait que celle-ci ne fonctionne pas pour résoudre un problème.


Apprendre est un acte éminemment social. L’apprentissage implique une modification des représentations mentales. Cette modification est coûteuse, car nous tenons à nos croyances et à nos façons d’agir. Elle est facilitée par le conflit socio-cognitif.


Le mot « conflit » est ici entendu au sens de désaccord, de divergence de point de vue. Cette notion (cf. Jean Piaget) explique le mécanisme par lequel un individu en vient à modifier, voire à reconstruire ses connaissances. Ce mécanisme résulte de la génération d’un déséquilibre interne à la personne qui constate que les membres du groupe auxquels elle appartient ont une vision différente de la sienne d’un problème, ou d’un champ de connaissances. Le conflit se caractérise par une double nature :

  • « Socio » : c’est d’abord un conflit de nature sociale. Du fait qu’il existe un conflit entre des réponses de plusieurs individus différentes les unes des autres (niveau inter-individuel), la personne a un problème à résoudre.
  • « Cognitif » : c’est aussi un conflit de nature cognitive, tant que l’apprenant n’est pas capable d’intégrer sa réponse et celle de son partenaire en un système cohérent (niveau intra-individuel).

Ce double déséquilibre (inter-individuel et intra-individuel) va pousser la personne à rechercher à le dépasser en coordonnant les différents points de vue afin de parvenir à une réponse commune. Le dépassement du conflit est le moment de l’apprentissage.


Dans le processus du conflit socio-cognitif, la condition sine qua non pour qu’il y ait progrès – au sens apprentissage – est que les apprenants, les pairs, donnent des réponses différentes pendant l’interaction.

En d’autres termes, si l’apprenant ne fait qu’écouter le formateur (cf. la Méthode Magistrale dans l’article « Utiliser les méthodes pédagogiques« ), il n’aura pas ce « conflit intérieur » à résoudre. Même s’il trouve que le formateur « a raison », s’il est « convaincu » sur le moment, ses représentations mentales et sa pratique auront peu de chance d’évoluer. En effet, le travail mental permettant de surmonter le conflit cognitif aura été faible. Comme si le participant avait « avalé tout rond » un contenu… qui ne serait au final pas assimilé.

Si l’apprenant discute avec ses pairs, autour d’une étude de cas, par exemple, il va confronter son point de vue, tenter de le concilier avec celui des autres. La discussion génèrera un travail intérieur, sur les représentations initiales, plus important que dans le cas précédent. Les représentations et la pratique auront alors plus de chances d’évoluer.

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